Wall Street se Remet en Selle (discrètement)

Après avoir fait le dos rond depuis des mois et n’avoir rien dit pendant la tempête sur les bonus attribués à certains dirigeants de sociétés ayant eu recours à l’argent des contribuables pour éviter la faillite, Wall Street se mobilise. Pas question de grandes déclarations. Tout se prépare en coulisse. Car le monde de la finances veut contrer toute nouvelle régulation des marchés trop contraignante.  

Ce sont les déclarations de Tim Geithner, le Secrétaire au Trésor, devant la Commission des Finances de la Chambre des Représentants, qui a sonné la mobilisation générale. « Notre système a failli de manière fondamentale, » a-t-il déclaré. « Pour y remédier, une réforme globale est nécessaire. Non pas des modestes réparations à la marge, mais de nouvelles règles du jeu. » Tout le monde, en surface, semblait d’accord avec la formule selon laquelle il fallait « une régulation plus dure, plus intelligente et meilleure. »  Mais en réalité, cette décision de mettre en place de nouveaux instruments de contrôle de la finance déclenche même l’opposition des agences gouvernementales chargées jusqu’à présent de cette réglementation, comme la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme de la Bourse, un gendarme qui s’était endormi au volant depuis les années Reagan. Parmi les idées de l’équipe Obama, un « régulateur des risques systémiques », qui aurait le pouvoir de mettre son nez dans les opérations des banques ou de compagnies d’assurances dont la faillite mettrait en péril tout le système financier américain, comme aujourd’hui. Jusqu’à présent, par exemple, les hedge funds, les fonds spéculatifs, ne sont pas réglementés. Dans le projet du gouvernement, ils devraient être enregistrés auprès de la SEC. 

Vendredi dernier, Barack Obama a reçu les PDG des principales institutions financières du pays pour leur vendre son plan. Dans le même temps, le Private Equity Council, un groupe de lobbying qui représente des géants tels que le Carlyle Group ou Kohlbert Kravis Roberts, a loué l’administration Obama pour son « projet de s’attaquer de manière globale aux risques systémiques ». Mais en coulisse, la réalité est tout autre. 

Les institutions financières mobilisent leurs lobbyistes. K Street, la rue où sont regroupés tous les cabinets de lobbying de la capitale, bourdonne comme une ruche. Il n’y a jamais eu autant d’argent investi auprès des firms chargées d’influencer le gouvernement et le Congrès. En 1998, le total dépensé en honoraires de lobbying était d’1,43 milliard de dollars. En 2008, le montant total, selon le Center for Responsive Politics, était de 3,24 milliards de dollars. Et, dans la même période, le nombre de lobbyistes enregistrés officiellement est passé de 10.000 à 15.000. Une augmentation de 50%. K Street ne connaît jamais la crise. Surtout pas au moment où la colère des Américains et la révolte populiste qui gronde à travers tous le pays pousse le gouvernement à agir pour resserrer les contrôles sur toute l’industrie financière. Surtout qu’en plus, depuis ce lundi, le gouvernement est questionné sur son double standard: des exigences sévères à l’égard de l’industrie automobile, un certain laissez faire pour les banques et les compagnies d’assurances. Le gouvernement Obama, prié de s’expliquer, va certainement être obligé de se montrer nettement plus exigeant vis à vis de Wall Street. Du pain béni pour les lobbyistes.

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