Frank Rich, La Fine Lame du Dimanche Matin

Pendant 13 ans, Frank Rich a terrorisé Broadway. Les critiques du chief theater critic du New York Times (son titre officiel) étaient d’une telle violence que Rich avait été surnommé « Le Boucher de Broadway ».  Chaque soir, sa plume tuait les mauvaises pièces ou les mauvaises comédies musicales. Lorsqu’en 1994, le Times l’a changé de poste et nommé « columnist« , un titre qui l’autorise à écrire sur les sujets qui l’intéressent, le monde du théâtre a poussé un soupir de soulagement. Mais on ne se refait pas. Frank Rich a trouvé sa tête de Turc. Pendant huit ans, mais surtout depuis 2005,  chaque dimanche, Rich a assassiné George Bush et son administration. Ses 1.500 mots hebdomadaires étaient des bijoux que les lecteurs du quotidien attendaient avec impatience. Le journaliste démontait les mensonges de Bush fils, la manipulation des faits, les communiqués triomphants sur la guerre en Irak. Son livre, The Greatest Story Ever Sold: The Decline and Fall of Truth from 9/11 to Katrina, raconte dans le détail cette fabrication de la vérité par le gouvernement américain. 

Souvent, Rich a observé et analysé l’administration Bush comme un critique théâtral Ainsi, alors que même certains des journalistes politiques les plus respectés, comme David Broder, du Washington Post, trouvaient que George Bush projetait une image de « commandement et d’autorité », sur le pont du porte-avion Abraham Lincoln, Rich, lui décortiquait la scène comme un spectacle. Rich note que Bush est plus harnaché que Tom Cruise dans Top Gun, ou bien souligne que le discours a lieu en fin de journée, lorsque, comme on le sait à Hollywood, la lumière dorée est la plus romantique. Il relève que les militaires alignés autour du président portent des tenues dont les couleurs sont coordonnées dans un certain ordre. 

Mais la plume maniée comme une arme pour dénoncer les hypocrisies, n’est pas réservée au président Républicain. Ainsi, lors de la campagne présidentielle de 2000, Franch Rich écrit à propos d’Al Gore: « Il est peut-être la première figure dans l’histoire à être passée en un jour d’une personnalité de tronc d’arbre à celle d’une tronçonneuse découpant tout sur son passage. » 

Ce diplômé de Harvard qui a grandi à Washington, ne vient pourtant pas d’une famille travaillant dans la politique. Son père et son grand-père avaient une boutique de chaussures, Rich’s Shoes.  Dans son livre racontant ses souvenirs d’enfance, Rich raconte son obsession dès le plus jeune âge avec le théâtre et comment celui-ci l’aidait à échapper aux tensions dans le mariage de ses parents. Ensuite, à Harvard, le jeune homme devient le directeur du journal de l’université, The Crimson, un poste très prestigieux. Il couvre le théâtre dans la région de Boston, mais il écrit aussi _ on est dans les années 70_  des éditoriaux contre la guerre du Vietnam. 

A partir du début de la campagne de Barack Obama, Frank Rich a défendu le jeune sénateur de l’Illinois. Là encore, alors que les journalistes étaient largement du côté de John McCain, Rich a mis en évidence les mensonges du candidat Républicain, ses manipulations et la complicité d’une partie de la presse. Mais le nouveau président sait que Rich n’est l’homme que du New York Times et que la plume qui l’a soutenu pourrait aussi être celle qui lui rappelle les promesses non tenues. Franch Rich ne fait pas de cinéma.  

rich

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