Comme dit la chanson, “What a difference the day makes !” Crescendo depuis vendredi soir et carrément assourdissants hier dimanche dans les talk shows politiques et dans les éditoriaux du New York Times, qui, pour la première fois, prenait ses distances, les tirs contre Barack Obama et son administration avaient atteint un point de saturation. On allait franchir le mur du son. Rien n’allait plus. On accusait Obama d’avoir manqué de délicatesse lorsque, sur le Tonight Show, il avait comparé son score au bowling avec celui d’un para athlète; de partout venaient les reproches qu’il n’avait pas senti monter la révolte populiste et populaire à propos des $165 millions de bonus versés aux dirigeants de l’ex-géant de l’assurance, A.I.G., au moment où celui-ci se maintenait la tête hors de l’eau grâce aux près de $200 milliards versés par le gouvernement; on réclamait la tête de Tim Geithner. Paul Krugman, le prix Nobel d’Economie et columnist du New York Times, et Thomas Friedman, deux fois Prix Pulitzer du même quotidien, s’en prenaient eux aussi au président. Soudain, celui qui ne pouvait rien faire de mal ne pouvait plus rien faire de bien. Un commentateur comparait même la prestation d’Obama lors de l’émission culte 60 Minutes, sur CBS, à celle de George W. Bush survolant la Nouvelle Orléans au lendemain de l’ouragan qui avait dévasté la ville, et se félicitant du travail accompli par le responsable des secours.
Lundi, nouveau décor. Soudain, Barack Obama et Tim Geithner présentent les détails de leur plan de stabilisation du système bancaire, et le Dow Jones prend 6% et 497 points. L’annonce de la création d’un fonds qui investira entre 500 milliard et un “trillion” (mille milliards) de dollars pour acheter les avoirs toxiques des banques a boosté l’enthousiasme des financiers. L’enthousiasme était tellement grand à la vue de tout cet argent qui va libérer les banques de ce qui les plombe actuellement, que le cours de l’action de Citigroup, l’un des établissements financiers qui vacille au bord du précipice depuis des mois, a fait un bond à deux chiffres. Certains banquiers prédisaient même que l’économie avait enfin touché le fond et que maintenant s’amorçait la remontée.
Le monde a la mémoire courte. Dans l’euphorie du moment, on a presque oublié que le 10 février, lorsque le Secrétaire au Trésor, Tim Geithner, avait parlé du plan de sauvetage des banques, mais sans donner de détails, le Dow avait plongé de 380 points. Il est encore trop tôt pour dire si ce plan, qui fait également appel au financement privé, tels que les hedge funds, réussira aussi bien que ses concepteurs l’affirment, mais les politiques et les financiers ont été surpris de son audace et de l’imagination de ce montage. Hier, le pays était au bord de l’implosion, on sortait les fourches. Aujourd’hui, il exulte. Barack Obama, dont tout le monde connaît ses nerfs de joueur de poker, a raison de garder son calme quand tout le monde vibrionne et s’époumone. Autre changement de marque, celui-là: la prestation de Tim Geithner sur CNBC, pour expliquer son plan. Il a été remarqué pour son calme, la clarté de ses réponses et surtout leur justesse. Décidément, quelle différence en un jour !
